/* Four Six is a theme by realvermin. Please don't remove credit! */ L'intranquillité

L'intranquillité

via

via

il a plu
dans cette
maison

je pense que tu n’as pas bien compris
hier
quand j’ai perdu patience
quand j’ai fracassé l’assiette
quand j’ai hurlé à t’en fendre les oreilles
quand je t’ai dévisagé
les yeux injectés
le souffle court
les mains crispées
parce que tu m’avais oubliée
à l’arrêt d’autobus
je vais très bien
je t’assure
tout va très bien.

Partie à la hâte, comme toujours, elle avait négligé de bien refermer l’agrafe en argent de son bracelet. Il le lui avait offert comme ça, un matin avant de partir, je ne serai pas de retour de Manhattan avant mardi, un petit quelque chose pour te rappeler que je pense à toi. 
 
Il n’avait jamais aimé les voyages au long cours, mais ses petits détours séjours lui plaisaient, ponctuation du quotidien. Il aimait marcher dans l’East Village, écouter les palpitations des bars qu’on sent jusque dans la rue. 
 
En arrivant sur le trottoir après avoir traversé l’avenue, elle s’imaginait déjà retrouver des amis de longue date, qu’elle n’avait pas vus depuis au moins huit mois, oui, c’était à l’anniversaire de Marie. Ils commanderaient un bon Gewurztraminer, sans doute des malpèques, c’était la saison. Et ils se régaleraient de saveurs, d’anecdotes et de retrouvailles.
 
Il s’est dit qu’il avait le temps, avant la rencontre avec les clients, d’aller prendre son café à Union Square, pour les couleurs et les odeurs du market. Elle aurait adoré ce marchand joufflu, aux joues trop roses, derrière ses étals remplis de légumes biscornus. Il l’imagineait plongeant à pleine main pour trouver celui qui aurait la mine la plus curieuse. 
 
Elle ne savait pas pourquoi ils avaient mis autant de mois avant de se revoir, avant de se fixer rendez-vous de nouveau pour se dire il n’y a rien de neuf mais je pars en voyage j’ai ma permanence j’ai recommencé à écrire. Tu m’as manqué. Elle avait mis le bracelet trouvé le matin sur la table près de la théière, elle ne savait pas trop pourquoi, c’était beaucoup trop pour ce soir.
 
En remontant vers le nord, cette chaleur suffocante, un engourdissement moite. La chemise traversée de sueur, les manches relevées aux coudes, la veste au creux de la main. Et soudain l’impression qu’une ombre se dessine là-haut, prête à faire un pas de plus trop. La silhouette nue de l’homme de bronze s’apprête à glisser, évanoui de chaleur au sommet de l’immeuble.
 
Et c’est en saluant les copains, là-bas derrière le bar, ils en étaient déjà à leur deuxième verre, mais pourquoi suis-je toujours en retard, que l’agrafe a finalement cédé, le poignet serti de gouttelettes de sueur de juillet. Et les perles comme dans un grichement sur le carrelage.

Partie à la hâte, comme toujours, elle avait négligé de bien refermer l’agrafe en argent de son bracelet. Il le lui avait offert comme ça, un matin avant de partir, je ne serai pas de retour de Manhattan avant mardi, un petit quelque chose pour te rappeler que je pense à toi.

 

Il n’avait jamais aimé les voyages au long cours, mais ses petits détours séjours lui plaisaient, ponctuation du quotidien. Il aimait marcher dans l’East Village, écouter les palpitations des bars qu’on sent jusque dans la rue.

 

En arrivant sur le trottoir après avoir traversé l’avenue, elle s’imaginait déjà retrouver des amis de longue date, qu’elle n’avait pas vus depuis au moins huit mois, oui, c’était à l’anniversaire de Marie. Ils commanderaient un bon Gewurztraminer, sans doute des malpèques, c’était la saison. Et ils se régaleraient de saveurs, d’anecdotes et de retrouvailles.

 

Il s’est dit qu’il avait le temps, avant la rencontre avec les clients, d’aller prendre son café à Union Square, pour les couleurs et les odeurs du market. Elle aurait adoré ce marchand joufflu, aux joues trop roses, derrière ses étals remplis de légumes biscornus. Il l’imagineait plongeant à pleine main pour trouver celui qui aurait la mine la plus curieuse.

 

Elle ne savait pas pourquoi ils avaient mis autant de mois avant de se revoir, avant de se fixer rendez-vous de nouveau pour se dire il n’y a rien de neuf mais je pars en voyage j’ai ma permanence j’ai recommencé à écrire. Tu m’as manqué. Elle avait mis le bracelet trouvé le matin sur la table près de la théière, elle ne savait pas trop pourquoi, c’était beaucoup trop pour ce soir.

 

En remontant vers le nord, cette chaleur suffocante, un engourdissement moite. La chemise traversée de sueur, les manches relevées aux coudes, la veste au creux de la main. Et soudain l’impression qu’une ombre se dessine là-haut, prête à faire un pas de plus trop. La silhouette nue de l’homme de bronze s’apprête à glisser, évanoui de chaleur au sommet de l’immeuble.

 

Et c’est en saluant les copains, là-bas derrière le bar, ils en étaient déjà à leur deuxième verre, mais pourquoi suis-je toujours en retard, que l’agrafe a finalement cédé, le poignet serti de gouttelettes de sueur de juillet. Et les perles comme dans un grichement sur le carrelage.

       mais tu m’avais dit que partir était la seule façon
qu’il n’y avait qu’un pas
                                entre le saut et le
demi-tour.

       mais tu m’avais dit que partir était la seule façon

qu’il n’y avait qu’un pas

                                entre le saut et le

demi-tour.